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Introduction
16:49, 30/10/2007
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Ce Blog n'est pas sur moi, ni sur mes animaux, ni sur quoi que ce soit du genre. C'est juste ici que je mettrais en ligne mon histoire Black Night, destin d'un fils du Vent Lâchez vos com's! ^^ Vous trouverez des bonus genre fiche de personnages à cette adresse: Bonus Black Night x © Texte, idée, créations by Chamallow x Toute reproduction partielle ou totale strictement INTERDITE ©x Avancement de la fiction
16:50, 29/10/2007
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Vous pouvez ici lire l'avancement de l'histoire et accéder directement à un chapitre précis.
Black Night, Destin d'un Fils du Vent => Prologue [terminé] => Chapitre I [terminé] => Chapitre II [terminé] => Chapitre III [en cours d'écriture] Black Night, Destin d'un Fils du Vent=>Prologue
16:43, 28/10/2007
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Proloque
Au delà des océans, au delà des continents les plus lointains, s'étend une terre semblable à nulle autre. Une terre où la magie côtoie le quotidien. Un terre où, un jour, survint une histoire incroyable... ****** Cette terre était gouvernée par deux chevaux, chefs de deux clans, qui se haïssaient mutuellement. Le premier clan, le Clan du Sud, était gouverné par une jument blanche, Atlantic Pearl. Celle-ci avait eu un fils avec un étalon, aujourd'hui mort, à qui elle était restée fidèle. Ce fils s'appelait Black Sparrow. C'était un bel étalon bai brun, aux crins de jais et au corps puissant. Il avait trois ans depuis peu, et promettait déjà de devenir meilleur que tous les jeunes étalons. Le deuxième clan, le Clan des Plaines, avait pour chef un étalon alezan flamboyant: Flame of Dream. Flame avait la mainmise sur les juments de son harem. A la naissance de ses poulains, il tuait les mâles, de peur que l'un d'entre eux devenu adulte ne le détrône. Quand aux pouliches, il les séparait de leur mère et les abandonnaient. Il n'y en avait qu'une qu'il n'avait jamais touché, sa fille. Elle s'appelait Wild Star, et était jolie comme un coeur. Elle suivait son père, lui servait de second. Elle était très mignonne, avec sa robe appaloosa léopard...mais son âme était celle de son père: noire et féroce. Il arriva que dans les cieux, un magicien de la discorde entrecroisa deux mèches des toupets d'Atlantic Pearl et de Flame of Dream. Dès lors, les deux chevaux se prirent d'un amour fou l'un pour l'autre. L'étalon ne voyait plus qu'elle. La jument ne voyait plus que lui. Elle eut bientôt un poulain. Les autres chevaux pensaient que le poulain serait encore plus beau que Black Sparrow et Wild Star réunis, mais en réalité c'était un tout petit mâle, chétif, tremblant, tout noir. Les chevaux l'adoptèrent malgrès tout et le déclarèrent "trop mignon". Il reçut le nom de Black Night, en référence à sa robe de nuit. Flame of Dream adorait son fils. Il se promenaient ensembles des journées entières. Et puis...et puis Black Night eut deux ans. Il devenait solide et puissant. Un bon combattant. Un rival. Flame et lui partirent un jour se promener sur des falaises. Flame of Dream revint seul. Atlantic Pearl fut folle de rage et de douleur. Avec son clan, elle s'éloigna de cet étalon qui avait tué son fils. Elle resta au bord de la mer avec son troupeau. Flame et son clan, eux s'enfoncèrent à l'intérieur du continent. La vie reprit. Mais dans l'ombre grandissait un poulain noir. Un poulain couvert de cicatrices et assoiffé de vengeance... Black Night, Destin d'un Fils du Vent=>Chapitre 1
16:59, 27/10/2007
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Chapitre I
Couché au fond du gouffre, dans une combe sablonneuse entourée de rochers terriblement pointus, un corps noir remua. Black Night ouvrit les yeux. Tout lui revint immédiatement. Comment...comment Flame avait il pu lui faire cela? L'étalon roux s'était approché du rebord de la falaise: -Black Night, dis-moi, qu'est ce que c'est, là, en dessous, à ton avis? Le jeune étalon noir s'était approché. Et alors il avait senti un coup violent derrière lui. Et il s'était senti basculer vers l'abîme. Et tomber, lentement...puis de plus en plus vite...jusqu'au choc. Il avait été atroce. Des éclairs rouges et noirs avaient dansé devant les yeux de Black Night, il s'était senti s'évanouir. Mais il avait lutté contre ce sommeil glacial. Il avait entendu les sabots de son père s'éloignant, le bruit de sa chute se répercutant en écho entre les parois du gouffre, et, par dessus tout, le rire sadique et ravi de son père. Son père qui avait voulu le tuer. Horrifié, éperdu de douleur physique et morale, Black Night s'était laissé sombrer dans l'évanouissement. Et maintenant il était réveillé. Black Night se redressa lentement, avec un regard pour les redoutables rochers autour de lui. Quelle chance il avait eu...L'étalon noir fit quelque pas, et, dès que sa tête cessa de tourner, il prit un petit galop. Tout allait bien, il était encore entier, quoique un peu meurtri. La soif le tenaillait. Le poulain prit le trot, humant l'air avec application. De l'eau...il lui fallait de l'eau! Enfin il sentit une odeur ténue, mais reconnaissable: une source! Black Night sortit en titubant de la combe et se mit en marche d'un pas hésitant mais déterminé, tendu tout entier vers son but. L'odeur de l'eau se fit plus forte, le jeune mâle sentit qu'il touchait au but. La gorge en feu, la langue asséchée, il se hâta vers cette source qu'il sentait depuis des heures. La savoir si proche rendait sa soif plus insupportable encore; la chaleur qui augmentait l'avivant encore. Et tandis qu'il avançait vers son but, Black Night ne pouvait chasser de son esprit le rire de Flame of Dream. Son père avait tenté de le tuer...Black Night revint à l'instant présent et sortit du défilé, avant de repérer sur sa gauche une source. La source. Black Night haletait, la soif devenait insupportable. Alors qu'il s'approchait du liquide frémissant, alors que ses naseaux frôlaient déjà la surface de la mare, une grande forme brune jaillit d'un groupe de chevaux un peu à l'écart et le projeta au sol. A demi-assommé, Black Night se releva avec difficulté. L'étalon brun qui l'avait renversé et les groupe de chevaux derrière lui ricanèrent. En un clin d'oeil Black Night les identifia: il s'agissait de chevaux mâles de plus de deux ans, chassés de leur troupeau, qui se regroupaient en attendant de conquérir un harem. Le grand mâle brun fixa le jeune cheval noir: -Alors, minus, on a soif? Il rit de nouveau, Black Night sentait sa colère grandir; il siffla: -Qui êtes-vous? -Fils du Vent. "Fils du Vent", c'était le nom des chevaux qui avaient refusé l'autorité de Flame of Dream et d'Atlantic Pearl. C'était des chevaux qui vivaient libres et heureux, sans loyauté, mais aussi sans lois, sans pitié, sans possibilité d'assistance, sans terres. Black Night sentit dans son esprit grandir sa colère envers l'étalon brun. Il gronda: -Comment tu t'appelles? -Mistral, minus. Mistral cessa soudain ses moqueries pour considérer le jeune animal frêle avec pitié. -Tu as soif, minus? Tu as été chassé de ton harem? Ou tu es parti à l'aventure? En bref, d'où tu viens, minus? Black Night, la gorge desséchée, articula avec peine: -Fils d'Atlantic Pearl et de Flame of Dream. Flame a voulu me tuer. J'ai survécu. Et je me suis enfui. Je le déteste. Mistral était abasourdi: -Quoi? Tu es le fils des deux meilleurs chevaux de ces terres? Et...il a voulu te tuer? Je reconnaît bien là Flame of Dream! Il s'écarta alors du point d'eau: -Eh bien, fils de Flame et Pearl, bois. Black Night engloutit goûlument une grande quantité d'eau. Puis il recula, léchant les gouttes qui tombaient de son museau, et regarda Mistral. Le grand étalon avait visiblement quelque chose à lui dire: -Ca te dirait de rejoindre mon clan? Bien sûr, on y perd sa liberté, mais tu y gagnerais pas mal de choses. Black Night aurait préféré refuser, mais il savait qu'à son âge il ne saurait jamais survivre seul. Il murmura: -C'est d'accord. Mistral, satisfait, se redressa et secoua sa longue crinière noire. -Tu t'appelles comment au fait? -Black Night. -Black Night...Nuit Noire...joli nom. Viens, tu dois passer l'épreuve, c'est la coutume. Il partit au galop. Les autres chevaux, tout en gloussant, le suivirent. Mistral galopait devant, sa crinière et sa queue noires flottant comme des bannières au vent. Il freina soudain devant une large gorge et se tourna vers Black Night: -Voilà ton épreuve, fils de Flame. Sautes par dessus ce ravin. Black Night ouvrit de grands yeux, mais il obéit. Il recula, jaugea du regard la distance entre les deux bords du précipice. Quinze mètres, au bas mot. Impossible à franchir. Mais il décida de tenter le coup. Il accélèra, fonça. Il se prépara à prendre son appel, le plus tard possible pour allonger son saut au maximum. Enfin, il bondit. Une épaule puissante le heurta alors et le jeta au sol. mistral, l'air satisfait, le regardait: -Bien, fils de Flame. Tu as du courage. Tu peux être des nôtres. Les autres chevaux plaquèrent les oreilles en arrière, ils n'aimaient pas ce jeune arrogant. Mistral se retourna et gronda: -Des problèmes? Les chevaux parurent très intéressés par la couleur de leurs sabots. Mistral se retourna vers Black Night. -Bienvenue parmi les Fils du Vent, Black Night. Tu es à présent toi aussi un Fils du Vent. Sous la houlette de Mistral, Black Night apprit à survivre sans la protection d'un troupeau. Les autres chevaux ne lui cherchaient pas noise mais il l'ignoraient et, au fond d'eux même, le méprisaient. L'un d'eux, un mâle pinto nommé Alibi, avait rassemblé autour de lui une petite bande de chevaux et passait son temps à se moquer de Black Night dès que Mistral avait le dos tourné. Ils déboulaient en bande et les brimades commençaient: -Alors bébé, t'es plus dans les pattes de Mistral? Et un autre, imitant une voix de bébé: -Papa Mistral, j'ai peur! J'ai faim! J'ai soif! Ze suis fatigué! Les chevaux ricanaient. Black Night supportait d'habitude plutôt bien ces moqueries, en les ignorant avec mépris, mais un matin d'hiver une flèche mieux ajustée que les autres le fit réagir avec la promptitude et la violence d'une bête blessée... Comme d'habitude, les chevaux étaient venus l'ennuyer, Alibi en tête, suivi d'un alezan nommé Rush, d'un gris souris, Rodéo, de Voyou, un cheval couleur champagne et de Pedigree, un splendide étalon bai clair. Les moqueries avaient commencé comme toujours, mais aujourd'hui les chevaux souhaitaient le provoquer au combat, car Mistral avait interdit que l'on se batte durant la saison froide: la survie du groupe dépendait de son unité. Aussi Voyou lança t-il: -Tu ressemble à ta mère! Tu es un imbécile, comme elle, un moins que rien! Or Black Night avait profondément aimé sa mère. Sous l'insulte de Voyou, le sang pulsa à ses oreilles et, n'écoutant que sa colère, il bondit sur l'étalon soufflé par la violence de l'attaque, et directement chercha de ses dents la jugulaire. Quand il l'eût trouvé, il resserra ses mâchoires, emprisonnant entre ses dents la trachée en même temps. Voyou suffoquait, haletait, mais Black Night ne desserrait pas l'étau de ses dents. Soudain un choc puissant le projeta au sol, et au dessus de lui une voix tonna: -ASSEZ!! C'était Mistral, visiblement furieux. Ses yeux si calmes d'ordinaire flamboyaient de colère. Derrière lui Voyou se relevait, reprenant son souffle, conscient que l'intervention de Mistral lui avait sauvé la vie. Le chef siffla en appuyant sur chaque mot: -La saison froide, ou hiver, bat son plein et avec elle les plantes disparaissent. La vie va être rude. Pour survivre nous devons faire bloc et pas nous entretuer! Il partit d'un pas furieux, fou de rage. Dès qu'il fut suffisamment loin, Voyou se rapprocha du jeune étalon noir pour lui glisser: -Quand tu voudras petit! Black gronda, l'oeil mauvais: -Dès que Mistral aura le dos tourné... Il croisa le regard de Voyou et chaque étalon lut dans celui de l'autre la promesse d'un combat futur. Les deux mâles régleraient leurs comptes dès que Mistral aurait relâché son attention... ****** Le combat des deux rivaux fut retardé par une décision de Mistral. L'étalon bai, peut être pas dupe de la haine entre Voyou et Black Night, décida d'entamer un grand voyage. En effet l'hiver approchait, et avec lui la famine. D'autre part les fauves allaient devenir redoutables, affamés, et n'hésiteraient plus à s'attaquer au groupe de chevaux jusqu'ici préservé. Mistral ne voulut pas, malgré les incessantes questions des étalons, révéler où il les menait. Black Night n'aimait pas être dirigé à l'aveuglette, il ne cessait de questionner Mistral. Rabroué vivement par l'étalon, un soir, il cessa de l'importuner mais devint de jour en jour plus agressif, plus sauvage, plus solitaire. Son estime pour Mistral diminuait, il protestait volontiers avec les autres chevaux. Un soir, alors que le camp de cette nuit était choisi, que Voyou se roulait dans l'herbe avec délectation, que Rush et Alibi procédaient à un toilettage mutuel, ou grooming, se grattant de leurs dents, et que Pedigree et Rodéo, un peu à l'écart, discutaient paisiblement, gardant un oeil sur les autres, Mistral appela Black Night: -Tu viens avec moi, on va chercher des fruits. Black Night ronchonna mais suivit son chef sans protester. Dès que le camp ne fut plus en vue, Mistral accélèra. Derrière, le cheval noir suivait sans trop de difficultés, intrigué. Mistral galopait désormais, Black Night sur ses talons. L'étalon noir ne disait rien et se contentait de suivre l'allure imposée. Ils débouchèrent au sommet d'une falaise. Black Night fit prudemment quelques pas. Au dessous d'eux un torrent coulait, son grondement résonnait dans l'abîme du ravin. Au delà du précipice on distinguait les arbres, perdus dans la nuit qui déjà étendait sur cette portion de terre isolée ses brumes d'encre. Les oiseaux de nuit hurlaient. Un frôlement de velours se fit entendre près d'eux, suivi d'un hululement: un hibou partait en chasse. La forêt toute entière s'endormait, abandonnant aux prédateurs nocturnes sa faune variée. Les branches bruissaient dans le vent de nuit, qui poussait les nuages loin d'ici. Demain il ferait beau. C'est là que Mistral se tourna vers Black Night, et lui dit, gravement, son visage presque invisible dans l'obscurité: "Est tu capable de garder le secret que je vais te confier?" ****** "Est tu capable de garder le secret que je vais te confier?"
Les mots sonnèrent aux oreilles de Black Night. Le jeune étalon resta immobile un instant, puis il murmura:
"Ben...Oui."
Mistral le toisa quelques secondes, tandis que la nuit tombante les entourait d'un halo noir et bleuté.
"C'est bien."
Les oiseaux de nuit hurlaient, le vent tournait autour des arbres, hurlant, semblant supplier les deux chevaux, en une plainte incompréhensible. Mistral finit par entamer son histoire:
"Ce secret prend sa source dans mon passé. Un matin, alors que je n'étais pas plus âgé que toi aujourd'hui, je me suis éloigné de ma troupe. Loin. J'étais seul, je marchais dans la forêt, éloigné de tout. Peux tu comprendre ce sentiment de liberté qui m'assaillit alors? A chaque pas mes sabots s'enfonçaient dans la couche épaisse de feuilles, sans un bruit. Au bout d'un moment la forêt m'a paru changée. J'ai réalisé que j'étais perdu. Il devait être proche de minuit. Alors seulement j'ai pris conscience du grand silence qui m'entourait. Et j'ai regardé autour de moi. Plus rien ne bougeait, comme si la forêt avait été figée, par un sortilège. Alors...C'est à que je l'ai vu. Elle était immobile, sa robe d'une blancheur éclatante perçait l'obscurité de la forêt sombre. Elle se tenait près d'une mare, dont la surface paraissait d'argent liquide. La pleine lune brillait au dessus d'elle."
Instinctivement Black Night leva la tête. la pleine lune, ronde et étincelante, luisait là haut, dans le firmament. Et à en juger par sa position dans les ciel étoilé, il devait être presque minuit. Mistral reprit:
"Son corps était magnifique. Imagine une jument splendide, la plus belle de l'univers, puis imagine une jument blanche mille fois plus gracieuse, mille fois plus douce, mille fois plus fine. Comme immatérielle...Sa crinière d'un gris perle retombait sur son encolure fine en mèche de soie ondulées. Sa queue, de même teinte, paraissait comme une traîne derrière elle, et des plantes poussaient dans les traces laissée par ses sabots d'argent bleuté. Elle baissa la tête et se mit alors à boire. Sa corne perça la surface lisse de la mare, qui alors se mit à briller, reflet de sa robe. Tout se taisait. pas un bruit, ni un mouvement. Alors elle a relevé la tête, et, dès que j'ai croisé son regard, j'ai été tétanisé. Ses yeux étaient d'un bleu pur, le plus pur possible, et dedans brillait une grande douceur, et une sagesse infinie. Je ne peux te décrire son regard. Il paraissait comme le reflet de la forêt, l'âme même du monde. Sa corne d'un bleu argent pur rayonnait dans l'univers sombre de la forêt. Et alors seulement j'ai compris ce qu'elle était, qui elle était: une licorne, la Dame de la Forêt!"
Mistral se tut. Black Night s'aperçut qu'inconsciemment, durant tout le récit de l'étalon, il avait retenu sa respiration. Il expira doucement, mais déjà le cheval bai reprenait le cours de son histoire, d'une voix sourde, le regard rivé sur les troncs d'arbres, au loin. "Elle a relevé la tête et croisé mon regard. J'étais tétanisé. Alors elle s'est approchée de moi, d'un pas souple, elle a contourné l'étang et, auréolée par la clarté lunaire, elle s'est arrêtée devant moi, et elle m'a parlé. Sa voix était étrange, douce et fragile, presque cristalline, le genre de voix qui fige tout lorsqu'elle se fait entendre..." Les yeux perdus dans le vague, Mistral était immergé dans son récit. Bercé par sa voix, vivant son aventure au travers de ses mots, Black Night était subjugué. L'étalon bai poursuivit: "Ses yeux bleus rivés dans les miens, elle a prononcé des paroles, paroles qui se sont gravées dans mon âme et ma mémoire en lettres de feu...en voici la teneur..." La voix du cheval se fit plus basse, plus lointaine, ses mots porteurs d'un sens étrange, son ton plus mystérieux, secret, sans doutes semblable à celui que la licorne avait eu lorsque, des années auparavant, elle avait prononcé les paroles qui avaient marqué Mistral: "Elle m'a dit...elle m'a dit qu'un jour je rencontrerais un jeune cheval noir, le fils de Flame of Dream et Atlantic Pearl. Elle m'a dit que je devrais veiller sur lui, et le lui amener un soir de pleine lune. Puis elle a fait demi-tous et s'est enfoncée dans les profondeurs de la forêt. Je ne l'ai plus jamais revue. "Mais, poursuivit-il en fixant Black Night droit dans les yeux, ce soir, c'est pour cela que je t'ai amené ici. Tu es le cheval dont elle parlait, Black Night. Et c'est conformément à sa demande que je t'ai mené à elle ce soir." Mistral se tut, Black Night, mû par un instinct étrange, se retourna. La licorne était là, sa robe d'une blancheur immaculée illuminant les alentours sous la clarté stellaire. Son regard était d'un bleu inimitable, paré de mille nuances, profond comme l'océan...Sa corne semblait taillé dans un saphir aux reflets irisés. L'étalon noir sentit se tarir son souffle rien qu'en la regardant. La licorne se dirigea vers Mistral, et murmura, en regardant à la fois l'étalon bai et Black Night: ""Merci d'être venu." Elle inclina la tête en direction de Mistral, puis tourna la tête vers Black Night, une lueur étrange dans ses yeux splendides: "J'ai tant de choses à te dire, fils de Flame of Dream et Atalantic Pearl...Ecoutes moi, ne m'interromps pas. mistral, tu peux rester: certaines paroles te concernent, et il est bon que tu les connaisses également." Elle se mit alors à arpenter l'espace herbeux, devant les deux chevaux pétrifiés, sa crinière blanc nacré ondulant sur son encolure. Tout en marchant elle commença à parler: "Les ancêtres se sont penchés sur ton destin, jeune Black Night. Le fils des deux dominants de ces terres n'aurait pu espérer se satisfaire d'une existence commune. La vie qui t'attends, Black Night, est aussi tumultueuse que le cours d'un torrent de montagne. Mais tu pourras compter sur des amis fidèles. C'est à toi que revient la lourde tâche de réunir ce monde en une seule terre unie, comme aux commencements. Tu détestes ton père, toute ta vie tu n'auras de cesse de le tuer, quel que soit le chemin que tu choisisses, toujours tu le rencontreras dans les mêmes circonstances. Un jour tu seras roi, auparavant tu auras connu l'état de paria, de marginal, de hors-la-loi et de chef de horde. Le destin qui t'attends est cruel, Black Night. Le cours de ton existence sera jonché morts, tes proches comme tes ennemis. Souvent, tu devras sacrifier un compagnon afin qu'un autre survive. Ne fais pas ces choix à la légère, certains te trahirons. Ne te fies pas aux apparences, ton chemin sera rythmé par les tromperies, les convoitises, les trahisons, la haine de certains de tes compagnons. Restes proche de Mistral, lui te demeurera fidèle jusuq'à la fin, lui seul te soutiendras toujours, au péril de sa vie. Je ne peux rien te dire de plus, Black Night. Un jour prochain, nous nous reverrons et je te révèlerais ce que je ne puis te livrer aujourd'hui. d'ici là, prends soin de toi. L'avenir, notre avenir à tous dépends de toi." Elle lui effleura le nez et ce contact fit frémir Black Night de la tête aux pieds. Comme uen porte ouverte sur un monde nouveau, il perçut une bouffée de parfum, odeur de l'herbe mouillée de rosée mêlée à celle des épines de pins; puis la licorne regarda Mistral, lui fit un signe, et Black Night comprit qu'il devait partir. Il s'éloigna, porté, bercé par le bruit de ses propres sabots. Il peinait à assimiler les révélations de la licorne, même si tout son être savait qu'elle avait raison. Il chemina jusqu'au camp. Mistral rentrerait le lendemain matin, harassé de sa longue nuit, dans un état second. Black Night, qui l'avait veillé toute la nuit, se lèverait et l'accueillerait, sans un mot entre eux deux. Inutile. Jamais il ne saurait ce que Mistral et la licorne s'étaient dit. Cette rencontre avait néanmoins scellé un lien étroit entre le jeune cheval noir et celui qui, aux dires de la licorne, serait plus tard le dernier de ses fidèles. Il se souvint des paroles de la licorne. Tu seras roi. Une bouffée de force envahit Black Night, qui releva la tête et lança à la nuit un hennissement vibrant, un défi au monde entier. Oui, un grand destin attendait le fils de Flame of Dream et Atlantic Pearl. Mais ce poids, qui tombait sur ses épaules si jeunes encore, n'était pas trop lourd à porter pour un être comme lui? Black Night, Destin d'un Fils du Vent=>Chapitre 2
16:41, 27/10/2007
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Chapitre II
Ils poursuivaient leur marche, ne s'arrêtant jamais, même quand l'eau des rivières était prise par la glace et qu'il fallait la briser de ses sabots en se cabrant de toute sa hauteur pour pouvoir enfin boire un liquide glacé et limpide, même quand l'herbe se fit plus rare, subissant les effets du froid, même quand les arbres commencèrent à se dénuder autour d'eux. Ils marchaient, sans jamais se stopper, sans jamais ralentir, sans jamais songer à s'immobiliser, à cesser ce long voyage qui les conduiraient vers des terres qu'on disait inhospitalières, des terres inconnues, dont l'ignorance avait engendré toutes sortes d'histoires, cette terre qui était le berceau de tous les contes parcourant cet univers dont les chevaux étaient maîtres et seigneurs. Jour après jour, le temps se rafraîchissait, le vent soufflait plus froid, plus fort, et il n'était pas rare qu'au matin, l'un d'eux se réveillant trouve ses crins ou son poil couvert d'une fine poussière blanche qui s'effritait lorsqu'il se relevait. Du givre. Mais, imperméable à tous ces éléments d'inquiétude, à toutes ces choses dont une seule aurait mérité qu'ils mettent fin à leur voyage, Mistral menait sa troupe, fier, puissant à la tête de sa harde. Derrière venait Black Night, toujours au plus près de l'étalon bai. Le jeune cheval avait maigri, son poil épaissi, il était désormais semblable aux autres, à ces étalons capables de supporter les pires températures sans broncher, de lutter contre un prédateur déterminé. Ces chevaux sauvages. Ensuite marchait la troupe d'étalons, bais, gris, alezans confondus, et enfin en queue venait Alibi et son groupe, dont Voyou. Black Night et Voyou n'avaient toujours pas eu le loisir de régler leur rivalité par un combat. Chacun d'eux savait que, tôt ou tard, ce conflit se solderait par un affrontement, mais Mistral veillait, décidé à ne pas laisser Voyou, ce cheval qui était avec Alibi un des meilleurs membres de son troupeau, et ce jeune étalon aveuglé par la haine mais prometteur, et qu'il avait promis de protéger, s'affronter dans un combat, quel qu'en soit le motif. ****** Même un étalon comme Mistral ne pouvait empêcher éternellement l'inévitable affrontement entre Voyou et Black Night. Jour après jour, leur haine mutuelle grandissait un peu plus, se nourrissant de la rancune de chacun, prenant le pas sur leur désir d'obéir à Mistral. L'heure du combat sonnerait bientôt, lutte entre un cheval déjà expérimenté, quoique jeune, un étalon dont le passé était jalonné de batailles, véritables joutes ou simples escarmouches, et un jeune animal dont les plus importants désaccords n'étaient jamais allés plus loin qu'un échange d'insultes et de menaces, un cheval qui n'avait jamais donné ne serais-ce qu'un coup de sabot, un étalon qui était encore un poulain, un cheval plus qu'inexpèrimenté. Si le duel avait lieu, il tournerait sans aucun doute à l'avantage de Voyou, et si Alibi ainsi que sa bande se jetaient dans la lutte, d'autres chevaux prendraient le parti de Black Night; le combat virerait alors à la mêlée. Quel qu'en soit l'issue, il générerait des des tensions au sein du groupe, des tensions qu'en cette saison il fallait à tout prix éviter. Toujours ils avançaient vers le Nord, et chaque jour l'épaisseur de la couche de poudreuse, dans laquelle s'enfonçaient les jambes jusqu'aux jarrets, chaque jour, chaque lieue ce manteau neigeux grossissait, et devenait de plus en plus difficile à braver. A présent il faisait si froid que leurs souffles, au sortir des naseaux, se muait en buée blanche et opaque. Leurs poils les protégeaient plus ou moins efficacement de la gelée et de la neige qui, s'accumulant sur leurs flancs, leur donnait l'allure de statues de glace. Chaque jour les prédateurs étaient plus nombreux et plus affamés, l'herbe plus rare. Mais ils continuaient. Un matin, si froid que leurs crins étaient couverts d'une pellicule de givre, Mistral obliqua à droite, à travers un petit bois qui se dressait là, et entraîna sa troupe à l'Ouest, avant de faire si brusquement halte que le cheval le plus proche de lui le percuta violemment. L'étalon bai ne lui prêta aucune attention, le regard rivé vers le bas. Les autres chevaux s'approchèrent et se figèrent eux aussi. Intrigué, Black Night s'avança vers son troupeau aligné, qu'il distinguait à peine dans la brume matinale. Soudain le voile de brouillard devant se déchira brutalement, et le paysage se dévoila aux yeux noirs de Black Night. Il s'immobilisa alors, le regard fixé sur ses pieds noirs. Ses pieds? Non, plus bas. Plus loin. Juste devant ses sabots d'un noir de nuit, le sol s'arrêtait en une ligne parfaitement droite, et le roc, la terre qui composaient ce sol plongeaient dans un abîme si profond qu'il en paraissait infini. Les plus hautes montagnes, les plus profonds canyons étaient insignifiants face à ce précipice d'une noirceur à la fois terrifiante et fascinante, qui plongeait droit dans l'inconnu. Black Night avait été à ce point envoûté par ces profondeurs abyssales qu'il n'avait pas encore remarqué le grondement incessant qui résonnait depuis le matin. Lorsqu'il en prit conscience il détourna les yeux du précipice, et les leva au dessus de lui, devant lui. Ce qu'il découvrit alors le laissa sans voix. Si haute qu'elle reléguait l'Everest au rang de banal monticule de pierre, si belle qu'elle aurait mérité mérité le titre de plus grande merveille du monde, une immense muraille de roche le dominait, composée de pierres grises, de diamants, de saphirs et d'améthystes mêlées, scintillant d'une lueur où dansaient tant de nuances de bleu que l'œil ne pouvait toutes les percevoir. Mais ce n'était pas la muraille, certes impressionnante, qui avait coupé le souffle à Black Night. Provenant du sommet de la falaise, si haute que son origine se perdait dans les nuages, pour aller atteindre les tréfonds du précipice, d'immenses cascades ruisselaient sur la muraille d'un bleu pur, ajoutant aux reflets des diamants les chatoiements et les multiples étincelles qui parcouraient la surface de cette eau limpide. Le liquide filait sur la falaise, si impétueux qu'il en détachait des pans entiers de pierre, si rapide qu'on ne pouvait le voir réellement et qu'on ne percevait qu'un incessant scintillement. L'eau venait des nuages pour se perdre dans l'abîme. Muets, les chevaux admiraient cette création de la nature si parfaite, si belle, défis aux lois de la physique. Les animaux étaient silencieux. Etonnement, admiration devant le démesuré, l'harmonie parfaite, l'équilibre, ce témoin du caractère magique des terres du Nord, l'essence même de l'univers. Black Night comprit. L'eau courante clarifiait ses pensées, il réalisa alors qu'il connaissait déjà ces lieux, même s'il n'avait jamais imaginé leur démesure. Cet endroit était au cœur des légendes qui parcouraient cette terre. Trois lieux réunis en un seul qui sublimait leur beauté. Trois forces différentes et inséparables. La Falaise. L'Abîme. La Cataracte. Qui ensembles formaient la Limite. Au delà de cet endroit, on entrait dans l'inconnu. jamais personne n'avait réussi à franchir la Limite. Qu'y avait-il derrière? Certains parlaient de rien, de vide absolu. D'autre de paradis. Les rêveurs affirmaient que derrière se trouvait la terre des morts, ou un immense trésor, une mer d'eau douce, ou encore le domaine de dieux auxquels la majorité des chevaux ne croyaient pas. Quant aux derniers, ils pensaient plutôt à une terre infinie, à un monde où la notion de possible aurait disparu, où tout serait permis et réalisable. Un monde sans limites. Mais personne n'avait jamais vu la Limite. Personne n'avait posé les yeux sur ce lieu de démesure. Les chevaux qui, bouche bée, ne parvenaient pas à détourner leur regard de ce lieu de légende avaient conscience de vivre une aventure, un moment que personne n'avait jamais vécu, ils étaient les premiers et le savaient. Face à cet endroit de rêve, chacun écarquillait les yeux, et oubliait tout du monde, du temps, pour mieux s'imprégner de l'indescriptible beauté de ces merveilles de la nature. Instant d'éternité. ****** Le soir, la Limite était encore présente dans tous les esprits. Mistral les avait guidés non loin, dans une petite clairière et à présent chacun vaquait à ses occupations, mais toutes leurs pensées étaient pour le spectacle auquel ils venaient d'assister. Black Night s'était isolé, à la lisière des arbres, seul. Soudain un étalon s'approcha de lui, un cheval rouan au chanfrein traversé d'une marque en forme d'éclair. Il se nommait Storm, c'était un cheval auquel Black Night n'avait jusqu'ici que peu adressé la parole, car Storm était un étalon timide qui attirait peu l'attention sur lui. En voyant approcher le cheval rouan, Black Night releva la tête et riva sur l'intrus un regard aussi noir que sa robe, signifiant clairement à l'animal de le laisser. Mais Storm s'arrêta face à Black Night et lui lança, à brûle-pourpoint: "C'est vrai que tu es le fils de Flame of Dream? -Ouais…grommela l'étalon noir, qui ne désirait guère s'étendre sur le sujet. Oui, c'est mon père. Storm le dévisagea avec des yeux ronds: -Mais je croyais qu'il avait tué tous ses fils? -Il a essayé, répliqua Black Night en redressant la tête, mais je ne suis pas de la même trempe que ses autre poulains. J'ai survécu, mon père est persuadé que je suis mort, et le jour où je reviendrais pour me venger, il ne va pas en croire ses yeux de me voir en chair et en os devant lui. -Si tu survis jusque là, lança Storm, l'air sceptique. -Et pourquoi mourrais-je? -On ne sait jamais…autant prévoir toutes les éventualités. -Quel optimisme…railla Black Night. Storm le fixa, avec sérieux, et gravité: -Ici il vaut mieux s'attendre au pire. La vie est rude, et à chaque saison des neiges nous perdons un ou deux étalons, gelés ou victimes de prédateurs. Il changea brutalement de sujet, presque avec désinvolture: -Tu me racontes? -Quoi donc? -Eh bien, ta vie…ton passé. " Et Black Night parla. Il parla longtemps, s'arrêtant parfois pour reprendre son souffle. Il narra toute sa vie, excepté la rencontre avec la licorne, qu'il passa sous silence. Storm écoutait avec attention. Lorsque Black Night se fut tu, il déclara: "Eh bien moi c'est plus court. Je suis né dans un troupeau indépendant, ma mère était une jument qui en avait bavé, et elle m'a appris tout ce qu'elle savait. Mon père était le chef du harem, lorsque j'ai eu deux ans, il m'a chassé, et avec un ami j'ai rejoint la troupe de Mistral, peu avant l'hiver dernier. -Et? Questionna Black Night, que s'est il passé ensuite? -Mon ami s'appelait Valentin. C'était un étalon bai, assez puissant, généreux, doux, docile, serviable…vraiment, il cumulait toutes les qualités. Un cheval remarquable et un excellent ami, ainsi que mon frère de lait. Nous étions très proches, plus que tu ne peux l'imaginer. Valentin avait perdu sa mère très jeune, et c'est la mienne qui s'était chargé de son éducation. De toute mon enfance je n'ai jamais joué avec un autre poulain que lui. Nous étions plus proches que deux amis, plus proches que deux frères. Et c'est tout naturellement que notre amitié s'est poursuivie lorsque nous avons tous les deux rejoint la troupe de Mistral. Au début de l'hiver, rude pour nous deux, il suffisait que l'un apparaisse pour que l'autre en soit rasséréné mais comme toujours dans les belles histoires, la fatalité s'en est mêlée. Un jour, Valentin…" Storm ne put continuer et baisse la tête, oreilles basses et encolure raide. Un muscle se contractait nerveusement sur son garrot, faisant frémir sa robe rouan. Quant il eut recouvré la maîtrise de sa voix il reprit: "Il s'était éloigné, pour observer un oiseau. C'était un grand amoureux de la nature. Il a trotté, le bruit de ses sabots a décru dans le lointain. Comme, quelques heures plus tard, il ne revenait toujours pas, Mistral et moi sommes partis à sa recherche. Nous avons suivi sa piste. Elle s'arrêtait brutalement dans une clairière dont l'herbe était couverte de sang. Aucun corps, aucune trace. Juste du sang. Aujourd'hui encore, je ne sais ce qui s'est passé, ce qu'il est devenu, et s'il est mort ou vivant. A dater de ce jour je ne l'ai plus jamais revu." Storm poussa un profond soupir avant de conclure: "Dans cette histoire j'ai perdu celui qui m'était plus qu'un ami, plus qu'un frère. J'ai perdu ma moitié. C'est comme si une part de moi était partie avec lui. J'ai passé l'hiver, et un an au sein de la troupe de Mistral. Mais je n'ai plus jamais eu d'autre ami." A présent, la nuit était tombée, teintant les feuillages des arbres d'argent, noyant dans l'obscurité les deux chevaux immobiles face à face, unis dans la confiance et la complicité nouvelles impliquées par la teneur de leurs récits. ****** Cette discussion menée à la lueur de la lune marqua entre Black Night et Storm le début d'une réelle amitié. Les deux étalons les plus discrets de la troupe formaient à présent un duo soudé par leur complicité nouvelle. Mistral faisait à présent longer aux Fils du Vent la Limite. Souvent les regards se déportaient sur la falaise immense, l'eau ruisselante, l'abîme infini. Oh! Pouvoir franchir cette frontière! Devenir les premiers à avoir dépassé la Limite, à n'importe quel prix! Après un redoux de quelques jours à peine, la saison froide reprit avec une virulence accrue. La neige noyait les environs sous un manteau immaculé, la rivière charriait des glaçons, le vent mordant faisait leurs crins à l'extrémité couverte de givre et cinglait leurs flancs, leurs oreilles, leur donnant l'impression d'être piqués par des milliers de pointes glacées. Black Night pensait parfois à sa mère. L'hiver était-il aussi rude pour le Clan du Sud que pour les Fils du Vent? Sa mère pensait-elle à lui? Si elle l'avait vu, Atlantic Pearl n'aurait pas reconnu son fils. Black Night avait encore grandi, son poil épaissi ne dissimulait pas les côtes apparentes sous sa peau. Sa tête, toujours aussi belle et fine, était plus émaciée, ses traits plus angulaires. Ses jambes s'étaient musclées, ses sabots avaient durci, sa crinière hirsute lui donnait l'aspect d'un vagabond. Il était devenu comme les autres Fils du Vent, un étalon capable de supporter les privations et d'échapper aux prédateurs. Dans ces conditions, le combat contre Voyou serait-il toujours aussi inégal? ****** Le fait que les deux chevaux ne se manifestent plus de haine trompa-t-il Mistral? Toujours est-il qu'il laissa un jour pour s'enfoncer dans la forêt d'un trot silencieux. A peine eut-il disparu entre les arbres que Voyou se détacha de ses amis et bondit en hennissant au centre de la clairière où ils logeaient. Black Night leva les yeux vers Voyou, s'éloigna de Storm avec lequel il parlait quelques secondes plus tôt, et s'approcha au trot. Le moment de la confrontation était venue. Les deux étalons savaient qu'ils ne retrouveraient pas de sitôt pareille occasion. Black Night n'avait jamais combattu en duel, mais Voyou le dispensa de prendre la parole en se cabrant et en déclarant: "Black Night, je te défie en combat singulier. Voici les règles que j'édicte: en aucun cas nos amis et alliés ne devront intervenir, si l'un de nous, à la merci de l'autre, refuse de se rendre, alors le vainqueur sera en droit de le tuer. Enfin, en plus de notre honneur de combattant, chacun de nous mettra quelque chose en jeu. "As-tu d'autres règles à proposer? - Aucune, cria Black Night en piaffant; et je met en jeu mon appartenance à la troupe des Fils du Vent. Si je perds je partirais à jamais. Que proposes-tu? - Si je perds, tu auras autorité complète sur moi pendant six lunes!" Storm trotta jusqu'à Black Night, il secoua la tête, son toupet se soulevant dévoilant la marque sur son front: "Night! Il va te tuer! - Je dois mener ce combat! répliqua le cheval noir en fouaillant de la queue. Storm s'inclina et recula. D'un commun accord, les chevaux formèrent un cercle d'une vingtaine de mètres de diamètre, Rush, Alibi, Rodéo et Pedigree du côté de Voyou, Storm derrière Black Night, trois autres chevaux inconnus du cheval noir de chaque côté. Twist, un étalon brun clair, à la crinière en brosse, regardait d'un œil indifférent. Montana, un animal de haute taille, alezan aux balzanes montant au delà de ses genoux, semblait fébrile. Enfin le dernier, un cheval gris nommé Gibraltar, paraissait calme, mais une flamme dansait dans ses yeux marrons. Black Night sentait son cœur battre entre ses côtes, son sang pulser dans ses veines, l'énergie affluer dans ses muscles. Son esprit bouillonnait: enfin la confrontation finale était arrivée! Ce combat qu'il attendait depuis plus de deux lunes, se présentait devant lui! Voyou se cabra soudain, hennit. A peine ses antérieurs avaient-ils touché le sol qu'il s'élança. Face à lui, Black Night bondit en avant. Il doutait de remporter ce combat mais ne pouvait pas se dérober. Les deux étalons se croisèrent au centre du cercle. Leurs encolures serpentèrent, les dents nues claquèrent dans le vide, oreilles plaquées sur le crâne. Les chevaux galopèrent chacun jusqu'à une extrémité du cercle, pivotèrent sur leurs hanches, chargèrent de nouveau. Ils se jetèrent littéralement l'un contre l'autre, leurs grands corps se dressant, frappant à coups répétés. Un sabot claqua, du sang jaillit. Les partisans de Voyou un cri de joie. Leur champion avait infligé la première blessure! Black Night et Voyou se séparèrent de quelques mètres pour reprendre leur souffle. L'étalon noir saignait au niveau de l'épaule, d'une blessure sans grande gravité. Dans la tête de Black Night dansaient des pensées sans suite et confuses. Puis chacun des deux chevaux recula afin de prendre de l'élan pour mener une nouvelle charge. La clairière résonna de l'écho de leurs sabots. Nouveau choc. Nouveaux hennissements. Les antérieurs de Voyou fouettaient l'air. Black Night, tête en arrière, se tenait dans une attitude strictement défensive, et ses antérieurs levés constituaient une barrière empêchant Voyou de le mordre à la gorge. Soudain il tenta une attaque. Se laissant retomber sur ses antérieurs, il pivota et lança ses postérieurs dans le ventre de l'étalon champagne. Mais le cheval, voyant son adversaire tourner sur lui-même, avait compris et s'était lui aussi laissé retomber. Il n'eut néanmoins pas le temps de reculer et les sabots de Black Night emportèrent un lambeau de la peau du poitrail, mettant en un point le muscle à nu. Voyou bondit. Ses antérieurs s'abattirent sur le dos de Black Night, et si l'étalon noir n'avait pas pivoté sur lui-même, il aurait eu les reins brisés. Au lieu de cela les redoutables sabots arrachèrent la peau sur le flanc droit, mettant la chair à nu. Le sang jaillit. La douleur, terrible, assaillit l'étalon noir qui poussa un hurlement. Déjà Voyou était face à son flanc blessé et exposé. Il fondit sur le fils de Flame. Ses dents emportèrent un nouveau morceau de muscle, au ras de la colonne vertébrale. Black Night ruisselait de sang, alors que Voyou n'avait reçu qu'une blessure, impressionnante mais d'une gravité moyenne. Storm observait la scène avec des yeux angoissés. L'étalon noir sentait ses forces l'abandonner, sous l'effet de la douleur et du sang qui, s'écoulant sur son flanc, drainait sa vitalité. Voyou se cabra de nouveau. Black Night vit les sabots s'agiter au dessus de lui, mais n'eut ni la force ni l'envie de les éviter? Ses genoux ployèrent avant que les sabots coupants du cheval champagne ne l'aie touché, et il se sentit sombrer dans un abîme noir et sans fond. Levant les yeux, à la limite de sa conscience, il vit derrière Voyou son ami Storm. La peur lisible dans ses yeux lui redonna des forces. Mais ce fut la présence de Mistral, revenu, qui fit bondir la volonté du cheval. Après tout ce que la licorne lui avait prédit, il n'allait pas mourir sous les sabots de Voyou, devant le seul témoin de cette prophétie! La volonté envahit de nouveau Black Night. Il se redressa rapidement, évita de justesse un coup mal ajusté de Voyou, qui sentait la victoire proche. Voyant son adversaire debout face à lui, alors qu'il le tenait pour vaincu, Voyou hésita. Un instant de trop. Lancé comme un boulet de canon, Black Night referma ses mâchoires sur la gorge du cheval champagne. Voyou se cabra, Black Night fit de même. Suffoquant, l'étalon se sentit basculer en arrière. Une scène surgit de sa mémoire: lui, sauvé par Mistral, deux lunes auparavant, alors que l'étalon noir, celui-là même qui l'étouffait en ce moment, l'étranglait. Mais cette fois le chef n'interviendrait pas. Alors qu'il se sentait défaillir, Voyou fut brusquement libéré, heurta le sol, roula sur le flanc. Avant qu'il eut pu se ressaisir et se relever, les sabots de son adversaire frappèrent son encolure et y restèrent appuyés. Voyou articula, avec peine car il respirait difficilement: "Tu as gagné!" Black Night le libéra. Alors que Voyou se relevait, Storm galopa vers son ami, suivi par Gibraltar, Montana et Twist. Storm exultait: "Bravo Night, bravo! -Un beau combat! Lança Montana d'un air apprèciateur. -Voyou est un lutteur expérimenté, le vaincre est difficile, l'informa Gibraltar. Twist ne dit rien, mais du respect brillait dans ses yeux, reflet de celui qui luisait dans ceux d'Alibi, Rush, Voyou, Pedigree et Rodéo. Un respect tout neuf, à l'image de la joie que ressentait Black Night. Les yeux du jeune cheval croisèrent ceux de Mistral, il y lut du soulagement, ainsi que, et c'était nouveau, de l'estime et de la fierté. Ces hommages, cette amitié, cette reconnaissance conquérie dans un combat acharné, la fierté dans les yeux de Mistral, l'euphorie de sa victoire insufflèrent en Black Night une nouvelle énergie. Malgré la douleur intense, malgré le sang qui coulait à flots, malgré sa faiblesse et l'évanouissement qu'il sentait proche, Black Night se cabra en poussant un cri de triomphe et de joie. Il était fils de roi, promis à un destin glorieux, et ce soir-là, vainqueur entouré de ses amis, il se sentait capable de balayer tous les obstacles qui se dresseraient devant lui. Black Night, Destin d'un Fils du Vent=>Chapitre 3
16:40, 27/10/2007
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CHAPITRE III
L'hiver touchait à sa fin lorsque Mistral décida de quitter les Terres du Nord pour ramener ses étalons vers des zones plus tempérées. Avec la fin de l'hiver, les naissance approchaient, et les prédateurs allaient redoubler de virulence afin de nourrir leur progéniture. Si les Fils du Vent étaient tous aptes à se défendre, Mistral ne voulait pas faire courir trop de risques à ces chevaux qui le suivaient fidèlement. Jour après jour, au fil des lieues qu'ils parcouraient, la neige se faisait moins haute, les chevaux pouvaient avancer normalement sans avoir à lever exagérément leurs pieds durs, chaque pas ne leur coûtait plus tant d'efforts, leurs robes n'étaient plus sans cesse balayées par le vent qui ne parvenait plus à givrer leurs crins. Depuis le combat entre Voyou et Black Night, les autres chevaux, dont Alibi et sa bande, témoignaient un certain respect à Black Night, voire de la crainte. Peu à peu, l'étalon noir saisissait la nature des liens au sein de la bande. Alibi menait sa troupe, même si Voyou paraissait en être quelque peu exclu depuis quelque temps. Montana et Gibraltar étaient inséparables, comme Black Night et Storm. Twist, introverti, discret, ne disait jamais rien, mais ses yeux suivaient parfois avec envie les deux amis lorsqu'ils parlaient. Quant à Mistral, chacun le respectait, l'admirait et lui faisait confiance. Il était, de tous points de vue, le chef du groupe formé par les Fils du Vent. De temps en temps, l'on croisait une clairière accueillante, et alors l'étalon bai s'arrêtait, offrant aux chevaux un repos souvent mérité. On voyait les animaux former des groupes, de discussion, de jeux, faire la course, et toutes sortes de distractions plus dignes de poulains que d'étalons vagabonds. Un après-midi comme celui-ci, dans une combe au sol sablonneux, alors que Black Night discutait avec Storm, et que Alibi, Rush, Rodéo et Pedigree s'étaient regroupés, laissant Voyou à l'écart, Pedigree, le cheval au pelage bai clair, vint au trot vers les deux compères. Ses yeux bruns flamboyaient étrangement. Il leur glissa: "Venez, on pense que vous êtes tous les deux dignes de découvrir notre secret. - Un secret? releva Black Night, et quelle sorte de secret? Pedigree jeta un regard inquiet vers Mistral qui, dos aux chevaux, broutait paisiblement. Black Night comprit. Pedigree tenait à ce que leur conversation reste discrète. Il ne voulait sans doute pas mettre l'étalon bai au courant de ce secret qu'il avait mentionné. Black Night consulta Storm du regard, le cheval rouan hocha la tête avec enthousiasme: "Je te suis! -Nous te suivons, corrigea Black Night. Pedigree partit aussitôt au trot, leur faisant signe de les suivre, vers le groupe de chevaux qui attendait. Voyou se joignit à eux et c'est une bonne partie de la troupe qui s'approcha de Mistral. Black Night souffla: "Qu'est ce qu'on va lui donner comme excuse? -On ne peut pas encore lui dire qu'on a entendu quelque chose de bizarre…marmonna Rush. Black Night suggéra: -Pourquoi ne pas lui dire que l'on va explorer les environs? -Et il te croira? ricana Voyou -Pourquoi pas? intervint Rodée. Après tout, nous savons tous que Mistral te fait confiance. Black Night s'approcha donc de l'étalon bai, gratta le sol du sabot. Il se sentait mal à l'idée de devoir mentir à son chef, ce cheval qu'il admirait plus que tout. Il déglutit avec difficulté et entendit Alibi qui soufflait derrière lui: "Vas-y!". Alors le jeune étalon prit une profonde inspiration: "Mistral? -Oui? -Euh, avec les autres, on voudrait…aller explorer les environs. Est-ce qu'on pourrait? L'étalon bai acquiesça mais ajouta: "Soyez prudents. -Oui, promit Black Night. Puis le cheval noir fit volte-face, ses camarades sur les talons, et vint se placer derrière Alibi, le meneur de la bande. L'étalon pie prit le trot, discrètement pour ne pas alerter Montana, Gibraltar et Twist, ils s'éloignèrent du camp. Dès qu'on ne put plus distinguer les autres chevaux entre les arbres, ni les entendre, Alibi vint se planter devant Storm et Black Night et hennit: "Vous devez jurer de ne révéler à personne ce que vous allez voir et découvrir. -Je le jure, dit gravement Storm. -Moi de même. Je te le jure, souffla Black. Alibi les toisa un instant, comme s'il les mettait au défi de trahir leur parole, puis fit volte-face et, cette fois-ci, prit le galop. Les autres le suivirent, dans un roulement de tonnerre qui résonna dans l'atmosphère de la forêt encore un peu enneigée. Black Night, s'il ressentait toujours la culpabilité d'avoir menti à Mistral, se sentait à présent excité et impatient de découvrir ce que lui réservait cette expédition clandestine. Et à en juger par l'étincelle qui animait ses yeux, Storm se trouvait dans le même état d'esprit. L'étalon noir allongea encore sa foulée, et il fila comme le vent, heureux de sa liberté, de sa jeunesse, de sa vitalité. Soudain Alibi pila net, Black Night faillit le percuter et poussa un hennissement de protestation. Rodéo se pressa contre lui et le fit taire d'un "Chut" péremptoire. Le cheval noir hocha la tête pour marquer sa compréhension et prit le pas, comme Alibi devant eux. L'étalon pie se retourna soudain pour faire face aux deux amis, Storm et Black Night: -A partir de maintenant, plus aucune parole, plus aucun bruit. Il ne faut pas le réveiller. Black Night faillit demander "Quoi donc?" mais choisit finalement de se taire. Il échangea un coup d'œil perplexe avec Storm, puis suivit Alibi qui progressait, circonspect. Près de lui, la tension de Pedigree et de Rodéo était percevable. Rush, qui avait été calme durant tout leur long galop, avançait maintenant avec nervosité, et posait doucement ses pieds au sol. Voyou n'avait pas changé son attitude, mais dans ses yeux brillait une sorte d'angoisse inhabituelle. Le soleil, à travers les branches des arbres, faisait miroiter leurs dos musclés, leurs robes luisantes, pourtant aucun des chevaux ne goûtait la tranquillité de cet après-midi de printemps. Black Night se sentit gagné par cette anxiété qui tenait tous les chevaux présents. Quel était donc cette créature capable d'effrayer à ce point ces étalons vagabonds, dont le courage et la force n'étaient plus à prouver? |
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