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je suis aussi écrivain à ma façon
EN SOI Le temps est en nous, il nous guette De loin, derrière sa fenêtre Le temps est en nous, il s’arrête Quand la souffrance est muette Le silence nous prend et nous fait taire Le malheur est en nous, loin derrière Le chagrin est en nous, même bien caché Il est toujours là à travers les années On le croyait moins fort Mais il nous blesse encore On le croyait moins là, dans l’ombre, il est tapit Mêlé aux doutes et à l’oublis En nous il nous assène violemment Les coups et les souvenirs brûlants Mais combien de temps sera nécessaire ? Pour panser notre plaie, et ne plus se retourner en arrière Ce temps qui nous fait vivre avec ce mal en nous Ce temps qui nous pousse malgré tout Ce temps, ce traître qui nous éloigne de l’enfance Ce temps, ce traître qui nous plonge dans l’absence Et son cortège de jours qui l’accompagne Et, en moi le découragement qui me gagne Dans 2 jours, cela fera 8 ans Mais comme hier, tu es toujours présent Dans mes songes, mes souvenirs Où tu as continué d’exister En nous, en notre avenir Malgré ce temps, nous ne t’avons pas oublié Le toit de notre enfance ne nous appartient plus, Notre foyer, notre espace à nous, vendu Seul notre mémoire nous fait encore rêver Nous avons grandi et vidé ce lieu où tu nous avais abandonnés Mais demeure, en nous les souvenirs que le temps ne pourra jamais nous arracher
EVASION J’ais toujours mieux écrit que parler, mes mots ne se déforment pas des angoisses contenues dans mes paroles ; je m’exprime, un simple regard et je me noie dans une pensée, un souvenir. Lorsque j’écris, face à ma feuille anonyme et muette, qui ne m’évoque rien, je libère mes sentiments qui m’alourdissent au quotidien. Les gens ont toujours un mot qui vous émeut, une parole qui vous blesse, des opinions qui vous détruisent ; leur histoire est souvent loin de vous et de votre passé, ce passé que l’on reçoit en pleine figure alors qu’on cherche à l’oublier, par leur ignorance, car le malheur vécu n’est pas inscrit sur vous mais en vos chairs, profondément encré par le temps. Une personne inconnue qui vous fait perdre le cour de votre discussion, vous vous faite force de vous concentrer, de situer votre place dans cette hiérarchie qui vous isole lorsque l’on est petit ou modeste ou simplement différent ! Et l’on est rien sans avoir rien, si on possède quelque chose, où est la limite qui définit que la possession devient dangereuse ou pesante pour vous, et l’on vous juge sans en prendre conscience, et l’on vous brise par indifférence à vos choix. Sans chercher à comprendre que vous avez simplement survécu avec vos armes. Posséder un bien ou être possédé par le bien, le mal ; ou posséder un passé qui vous fait du mal, et trouver le réconfort grâce à quelque chose que vous garder en vous et près de vous quoi qu’il vous en coûte ! Etre prisonnier dans un gouffre où personne ne baisse jamais les yeux pour vous regarder. Prisonnier des autres qui vous jugent sur vos erreurs, sur l’imperfection des gens qui vous entourent. Etre condamné par leur regard, leur rejet, leur refus de vous laisser en paix. Alors moi, j’écris et mes phrases sont claires ou décousues mais personne ne m’impose de silence sur mes feuilles, et défilent alors enfin mes mots, mes idées, mes convictions ainsi mise à nu sans inquiétude d’être incomprises ou mal prises ; enfin venu la récréation pour mon esprit trop chargé. Je suis seule et je pense, je m’isole et profite de ces instants bénis pour me déverser sans crainte d’être jugée, mes angoisses, mes chagrins, mes remords, mes regrets me paraissent moins présents ainsi dévoilés. Mais où est la nuance entre mes croyances enfantines, croire qu’écrire me suffira à alléger mes deuils, mes déceptions et ma réalité d’adulte, où le rêve n’a plus le goût de l’oubli bienfaiteur
DESESPOIR
Ils regardent un enfant, le silence règne, les outils traînent dans la maison. Le bonheur a disparu, les gens sont mornes. Leur teint est pâle, livide. Les amis impuissants face à leur chagrin les encouragent de leur mieux mais ce ne sont que des paroles sourdes. Ils ont si mal et ne peuvent le cacher, en plongeant dans leurs yeux, on y découvre un désespoir immense. Tout le monde pense qu’il était trop jeune. Dans ce lieu où la joie et l’espoir régnaient, il y a quelques heures, des teintes brunes y sont apparues ; il avait 20 ans et il a perdu la vie … Cela paraît comme irréel, c’est comme un mauvais rêve dont on ne parvient pas à se détacher, ils sont sûrs que lorsqu’ils vont se réveiller il sera là. Cela fait un mois et neuf jours, et il n’est pas revenu. Il s’est éteint sans bruit, sans éclat, seul à cause de la bêtise humaine, et nous cherchons un coupable à désigner pour pouvoir l’abreuver de nos injures pour nous soulager de sa perte. Et cette vérité nous fait peur. Avec lui mon cœur s’est brisé, une partie de moi l’a suivie dans sa dernière demeure. Mais avec mon cœur meurtri, la nuit je me blottie dans mon lit et l’on se parle doucement dans la terreur de ses jours fades depuis qu’il m'a quitté.
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